Être mère quand on a vécu la maltraitance

Être mère quand on a vécu dans le chaos

Si tu as grandi dans une famille où rien n’était sûr, ta peur n’est probablement pas de faire du mal à tes enfants, tu sais que tu les aimes.

Ta peur, c’est de laisser faire : ne pas voir, ne pas dire non, laisser passer chez un adulte ce que tu as toi-même connu. Ou de réagir depuis tes blessures et de te surprendre à crier, à te figer, à devenir quelqu’un que tu ne reconnais pas.

Si c’est ton cas, tu es au bon endroit. Je vais t’expliquer ce qui se joue, pourquoi ce n’est pas une fatalité, et ce que tu peux faire dès aujourd’hui.

Moi, c’est Rkia Ryckebusch. Je suis hypno-coach & Energetique, depuis 2019 j’accompagne des mères qui ont grandi dans le chaos et qui refusent que leurs enfants vivent la même histoire. Si j’en parle avec autant de cœur, c’est parce que je suis passée par là. Ce que je te partage ici, je ne l’ai pas seulement étudié, je l’ai traversé.

Pourquoi devenir mère réveille ce que tu croyais enfoui

Tu n’as pas fait « n’importe quoi » en te sentant remuée par la grossesse, la naissance ou le départ de ton enfant devenu majeur.

Pour Elisabeth Darchis, psychologue clinicienne spécialisée en périnatalité, cette période est une véritable période charnière : on y retrouve son propre passé, on se demande d’où on vient pour savoir où on va. Elle parle d’une crise nécessaire, où il faut retrouver sa propre enfance pour ne pas faire de « copier-coller».

Pour certaines femmes, ça va plus loin. La thérapeute Anne-Laure Buffet explique, dans Le Monde, que devenir mère peut réveiller des souvenirs enfouis, parfois même une amnésie traumatique. D’où cette angoisse qui arrive parfois sans prévenir.

Tu n’es pas une mauvaise mère, c’est ton histoire qui demande à être entendue.

Mon histoire

Je te raconte la mienne, parce que je crois que ça aide de savoir d’où l’on parle, je suis née dans une famille où le geste précède la parole, mon père était autoritaire et violent : il frappait avant d’expliquer.

J’ai été élevée par ma mère adoptive, la sœur de mon père, qui s’est épuisée en petits boulots pour que je puisse continuer mes études. Les études, c’était ma porte de sortie.

À quatorze ans, pour aller au lycée, j’ai dû aller vivre chez mon père. J’y ai passé un an d’enfer : la faim, les tâches imposées, les coups comme langage d’éducation. C’est là que j’ai appris à anticiper le danger, à me faire invisible, à survivre.

Pendant des années, j’ai fait de cette survie une compétence. Et puis je suis devenue maman. Entre la fatigue et l’épuisement, tout ce que je croyais avoir rangé s’est remis à parler. J’ai traversé une dépression post-partum que je n’ai pas su nommer. C’est à ce moment-là que le yoga est entré dans ma vie, pas comme une quête spirituelle, juste comme dix minutes par jour où personne ne me demandait rien.

Quelques années plus tard mon fils ainé devenu majeur, partait pour ses etudes la encore les doutes, les regrets et le questionement , ai je été une bonne mère, l’ai je protégé , quel modele, image de mère et de femme lui ai je transmis.

La encore revenir au corps, a l’hypnose et à l’énergetique m’a permis de me realigner, j’ai fais le chois de me concentrer sur ce que j’ai fais, donné, transmis à mon fils et non ce que j’aurais du, j’ai choisi d’agir en creant ce que je n’ai pas eu le temps de faire ou vovre avec lui, je me suis autorisée à etre une mère imparfaite mais presente, aimante et consciente.

Ta vraie peur : laisser faire ou réagir depuis tes blessures

C’est probablement la partie la plus importante de cet article, parce que très peu de gens en parlent.

Tolérer ce qui te paraît « normal »

Quand on a grandi dans le chaos, certains comportements nous sont familiers. Un ton qui monte, un adulte qui rabaisse, des humiliations « pour rire », une ambiance où il faut toujours surveiller l’humeur de l’autre. Comme tu as connu ça, ça ne déclenche pas forcément d’alarme chez toi. Le chaos peut sembler normal… donc passer inaperçu.

C’est ce que j’appelle tes seuils de tolérance : ton passé les a façonnés. Tu as appris à encaisser, à te taire, à trouver des excuses. Tu as connu pire, alors tout le reste te semble supportable. Et tu te dis : « Ce n’est pas si grave », « Je ne veux pas faire d’histoires ».

Moi aussi, j’ai longtemps douté de mon propre ressenti. Est-ce normal ? Est-ce que j’exagère ? Cette question, je la connais par cœur. Quand on a vécu à l’âge de dix-neuf ans ce que j’ai vécu (mon père voulait me marier de force à un homme de soixante-sept ans, j’ai refusé et j’ai reçu les coups les plus violents de mon enfance), on grandit avec l’idée que dire non a un prix. Il m’a fallu longtemps pour comprendre que dire non n’était pas le problème.

Réagir trop fort, ou se figer

À l’inverse, on peut réagir avec une intensité qui nous dépasse. Maxime, père de deux enfants, raconte dans Slate avoir hurlé quand sa fille de 4 ans a poussé son petit frère dans l’escalier. Une scène classique entre frères et sœurs, mais sa réaction, dit-il, l’a effrayé lui-même. C’est là qu’il a compris que son passé le rattrapait. Il a alors décidé de se faire accompagner.

Parfois, ça prend l’autre forme : on se fige, on ne sait plus quoi faire, on laisse la situation continuer. Ça aussi, ça vient de ce qu’on a appris à faire pour survivre. Ce n’est pas de la faiblesse, c’est un réflexe de protection qui date de l’enfance.

Le piège de l’hypervigilance

Beaucoup de mères se mettent une pression énorme. Alma, citée dans le même article de Slate, s’en voulait dès qu’elle élevait à peine la voix, et a dû apprendre à distinguer ce qui relevait de la maltraitance de ce qui n’en relevait pas. Une autre, Melissia, rangeait toute sa maison avant de sortir se promener, comme s’il allait y avoir un contrôle, par peur qu’on lui retire son bébé.

Si tu te reconnais là-dedans, sache que cette vigilance a une raison d’être : elle t’a protégée enfant. Moi, à quatorze ans, je savais lire l’humeur d’un adulte avant même qu’il ouvre la bouche. Mais aujourd’hui, cette vigilance t’épuise.

Non, tu n’es pas condamnée à reproduire

Avoir été maltraitée ne fait pas de toi une adulte maltraitante. Cette idée de déterminisme, l’article du Monde invite à la battre en brèche.

Anne-Laure Buffet dit aussi quelque chose de simple et de puissant : tu n’es pas ta mère. Tu es une personne à part entière, tu as rencontré d’autres modèles, tu peux te construire une identité à toi.

Et il existe une voie qui n’est ni copier, ni faire l’exact inverse. Elisabeth Darchis l’appelle la troisième voie : comprendre ton histoire pour la transformer. Tout faire à l’envers de ce que tu as connu reste une lutte contre un modèle unique, donc ça te garde encore dedans. Ce n’est pas devenir une mère parfaite. C’est regarder son histoire en face et dire : « Ça, je le garde. Ça, je le transforme. Et ça, je ne veux pas le transmettre. »

Pour moi, tout a basculé un jour où, dans le regard de mes enfants, j’ai revu la petite fille que j’avais été. Les deux images se sont superposées. C’est ce jour-là que je me suis dit : plus jamais. Pas « plus jamais comme mon père » (ce serait encore lui qui décide), mais plus jamais cette transmission-là.

Ce qui m’a sauvée, c’est de comprendre que le coaching m’aidait à comprendre avec ma tête, mais que ça restait en surface. L’hypnose m’a permis d’aller chercher ce qui se jouait en profondeur. La méditation, les respirations et le travail énergétique m’ont fait descendre dans le corps, là où se logent nos blessures. Pour la première fois, j’ai ressenti avec tout mon être ce que je n’avais fait, pendant des années, qu’analyser. C’est exactement ce que je propose aux mères que j’accompagne : la tête pour comprendre, la source pour aller en profondeur, le corps pour ressentir.

Comment protéger tes enfants concrètement

  1. Nomme ce qui te déclenche. Repère tes signaux : la voix qui monte, le corps qui se fige, la gorge qui se serre.
  2. Fais une pause avant de réagir. Sortir de la pièce quelques secondes, respirer lentement, boire un verre d’eau. Un petit geste suffit à sortir du pilotage automatique.
  3. Choisis un garde-fou. Une personne de confiance qui peut te dire « là, tu t’emportes » ou « là, tu laisses passer ». Alma a demandé à son conjoint de l’arrêter si elle levait la main.
  4. Apprends à distinguer. Une colère, une erreur d’éducation et de la maltraitance, ce n’est pas la même chose. Tout mettre dans le même sac te rend plus fragile.
  5. Pose des limites aux adultes autour de toi. Dire non, même à la famille, même quand c’est difficile. Un enfant qui voit sa mère se taire face à ce qui n’est pas respectueux apprend que cela se supporte. Tes enfants regardent ce que tu acceptes.
  6. Retrouve ton autonomie et ta voix. Avoir un espace à toi, des décisions qui t’appartiennent : pour moi, ça a été un vrai tournant. Ce n’est plus une demande, c’est une décision.
  7. Trouve une figure de soutien. Sage-femme, psychologue, amie, une femme qui joue le rôle de mère pour toi. Anne-Laure Buffet souligne à quel point ce type de figure peut aider.

Se faire accompagner : quand et vers qui ?

Il n’est jamais trop tard pour commencer. Julie, qui témoigne dans Slate, raconte que sa thérapeute spécialisée dans le psychotrauma l’a aidée à aller mieux, et que cela a eu des effets bénéfiques sur sa façon d’être mère.

Tu peux t’adresser à un psychologue, à un spécialiste du psychotrauma, à une thérapie familiale, à une association, ou à ta PMI si tu t’y sens en confiance. Demander de l’aide ne te rend pas fragile : ça protège aussi tes enfants.

Mon accompagnement (coaching, hypnose, yoga, méditation, travail énergétique) ne remplace pas un suivi médical ou psychologique.

Si ton enfant est en danger : 119 (Allô Enfance en danger).
Si tu es toi-même en danger : 3919.
Si tu as des idées noires : 3114 (prévention du suicide).

Parler à tes enfants de ton histoire, sans les envahir

Tes enfants portent aussi un peu de ton héritage, même s’ils n’ont rien vécu directement. Elisabeth Darchis conseille de leur en parler, avec des mots adaptés à leur âge, mais sans les envahir. Pour cela, il vaut mieux avoir fait un premier travail sur toi, afin de transmettre un récit sans surcharge émotionnelle.

Maxime veut leur en parler plus tard, pour qu’ils sachent reconnaître ce qui est normal ou non. C’est un beau cadeau à leur faire : qu’ils aient les mots que tu n’as pas eus. Pour moi, c’est devenu une mission : que mes enfants, et ma fille en particulier, n’apprennent jamais que l’amour doit faire peur.

Questions fréquentes

Peut-on être une bonne mère après une enfance dysfonctionnelle ?

Oui. Ton passé influence ta façon d’être mère, mais il ne la décide pas. Comprendre ton histoire, te faire accompagner et t’entourer te permettent de construire ta propre manière de faire.

Comment savoir si je reproduis ce que j’ai vécu ?

Pose-toi la question sans te juger : est-ce que mes réactions sont proportionnées ? Est-ce que je laisse passer des choses qui me mettent mal à l’aise ? Un regard extérieur, proche ou professionnel, aide beaucoup.

Pourquoi ai-je peur de mal réagir avec mes enfants ?

Parce que la parentalité réveille ton propre vécu. Cette peur est fréquente, et elle montre surtout que tu y fais attention.

Est-ce normal d’avoir peur de ne pas protéger mes enfants ?

Oui, c’est très courant quand on a grandi sans être protégée. Cette peur est un point de départ : tu peux apprendre à repérer les signaux et à poser des limites.

Quand consulter un professionnel ?

Dès que tes angoisses prennent de la place, que tes réactions te font peur, ou que ton passé remonte fort. Tu n’as pas besoin d’attendre que ça aille « assez mal ».

Pour conclure sur le rôle d’une mère

Ce qui te fait tenir, ce sont tes enfants. Ce n’est pas rien, et c’est déjà une force. Se tenir debout, c’est déjà beaucoup, et tu n’as pas à le faire seule.

Ce que j’ai compris, c’est que ma véritable reconstruction n’a pas consisté à fuir quelqu’un, mais à retrouver toutes les parties de moi que j’avais abandonnées pour survivre. Ma maison, ce n’était ni un pays, ni un appartement, ni une personne. Ma maison, c’était moi. Et je crois que c’est possible pour toi aussi.

Tu ne peux pas changer ton passé, mais tu peux changer ce que tes enfants en hériteront. Si tu sens que quelque chose doit changer, viens me raconter ce que tu vis :

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